Diplômée en infographie, Véronique Labelle a représenté le Canada au Mondial des métiers tenu au Japon.


Véronique Labelle et Jessica Leclerc, championne du Canada en carrosserie.


À l’œuvre sur le site de compétition aménagé à Namazu.


Une médaille d'excellence que Véronique Labelle conservera précieusement.


La ville où a séjourné Véronique Labelle pouvait ressembler à Châteauguay, additionnée de mandariniers.

Le Soleil de Châteauguay du mercredi - Édition du 19 décembre 2007

15e au monde

MICHEL THIBAULT

Ses études en infographie ont mené loin une jeune femme de Châteauguay.

Après 14 heures de vol, le 10 novembre dernier, Véronique Labelle a débarqué au Japon pour relever un grand défi : représenter le Canada au Mondial des métiers.

Tenu aux deux ans, ce grand rendez-vous constitue les jeux olympiques de la formation professionnelle. Les as de dizaines de pays y rivalisent en infographie, menuiserie, carrosserie, soudage, coiffure et toutes sortes d’autres disciplines.

L’événement durait 11 jours, avec des cérémonies d’ouverture et de clôture et des dizaines de milliers de spectateurs.

À l’issue de quatre jours de compétition, la championne canadienne s’est classée 15e sur 23. Ses performances lui ont valu une médaille d’excellence. Ces faits d’armes exceptionnels n’ont pas réjoui leur auteure d’emblée.

« Au début, j’étais un peu déçue », confie Véronique, attablée devant un breuvage chaud et un journaliste au Café Dépôt à Châteauguay.

Un prof qui l’a encadrée l’a convaincue qu’elle avait de quoi être fière. « Il m’a dit que j’avais seulement huit points de différence avec la première. J’ai obtenu 67 sur 100 et la gagnante 75. »

L’Italie a raflé les honneurs parmi un éventail de pays qui incluait entre autres la France, la Belgique, la Malaisie, la Pologne, l’Iran, la Chine et la Hollande.

Les infographes sont des spécialistes du design réalisé à l’ordinateur. Ils font de la mise en page de journaux, disposant textes, photos et illustrations de manière à plaire au regard. Tous les emballages de produits et les logos sortent aussi de leur imagination. Le métier exige créativité et rapidité d’exécution.

Au Japon, les épreuves consistaient à reproduire un photomontage ; concevoir un timbre et une affiche ; créer un logo pour une compagnie de bière et produire un emballage pour une boîte de sushis pour enfants d’un format précis.

Tout le monde travaillait à partir des mêmes éléments ; photos et texte. Et, au bout du compte, les résultats étaient très variés. « Par exemple, les créations des asiatiques étaient très chargées, avec des effets de néon, et celles des européens étaient plus épurées », explique Véronique.

Chaque culture a des goûts particuliers et ce n’était donc pas facile de plaire à tous les juges provenant des quatre coins du globe.

Conditions difficiles

Les compétitions se sont déroulées dans le décor enchanteur de Namazu, un village à l’ombre du mont Fuji, mais dans des conditions difficiles.

« Il faisait quatre ou cinq degrés. Ça prenait quasiment des mitaines pour travailler à l’ordinateur. On grelottait ! », raconte Véronique.

La fatigue, le décalage horaire, l’éloignement et l’hébergement pas quatre étoiles n’aidaient pas non plus.

« Après quatre jours, je m’ennuyais de chez nous, de ma bouffe. Si je pouvais faire la même compétition au Québec, ce serait différent. »

Véronique partageait une toute petite chambre d’hôtel avec une autre représentante du Canada, Jessica Leclerc, concourrant en carrosserie. Un fait rare. « C’était la première fois en 29 ans qu’il y avait une fille en carrosserie. »

Les premières nuits, son oreiller rempli de grains de riz ou d’avoine a causé des allergies à son utilisatrice. « Je me réveillais avec les yeux qui piquaient. J’ai réglé le problème en plaçant un coton ouaté autour de l’oreiller », mentionne Véronique.

La cuisine ne lui a pas beaucoup plu. « La nourriture de l’hôtel n’était pas bonne. Ils essayaient de faire de la bouffe à la canadienne mais ça n’avait pas le même goût. C’était souvent froid. On n’a pas mangé à notre faim. » Pas de sushis ?
« Seulement une fois, on en a acheté dans un dépanneur. »

Durant leur séjour, les participants ont eu peu de temps pour le tourisme. « On n’a vraiment pas vu grand-chose », dit Véronique. « On a eu droit à une excursion à un spectacle de dauphins, note-t-elle. J’aurais préféré un souper japonais avec des combats de sumo ! »

Malgré tout, elle est ravie. « Je n’aurais jamais été au Japon par moi-même. Le voyage a coûté 5000 $. » Le vol et son séjour ont été défrayés par l’organisme fédéral Compétences Canada, qui lui a aussi payé des cours pour se préparer, entre son titre canadien, à l’été 2006, et le rendez-vous au Japon cette année.

« C’était le fun pour l’expérience. Les cours privés que j’ai eus gratuitement pendant un an et demi, ça n’a pas de prix. Le prof connaissait mes forces et mes faiblesses ; j’ai progressé beaucoup. »

Véronique a atteint le Mondial des métiers au terme d’un long processus. Étudiante au Centre de formation professionnelle de Verdun, l’infographiste a gagné successivement une série d’olympiades locales, régionales, provinciales puis nationales.

La route n’a pas été facile. « J’ai dû faire des concessions. En retournant à l’école, je perdais un jour de travail par semaine. J’avais moins de temps pour moi mais je me disais : c’est un coup à donner puis je vais pouvoir récolter. »

Actuellement, Véronique travaille à décorer des articles pour enfants dans une entreprise de Boucherville. L’infographe de 22 ans aimerait un jour mettre ses talents et son savoir-faire au profit d’un magazine. « J’aimerais faire de l’édition et de la mise en page. J’aimerais aussi travailler en agence pour toucher à tout. »

Véronique a décroché son diplôme d’études professionnelles en infographie après un détour au cégep en arts plastiques où elle a eu un coup de foudre pour cette matière.

Elle trouve que l’apprentissage de métiers au secondaire n’est pas apprécié à sa juste valeur. « Le diplôme d’études
professionnelles du secondaire est moins valorisé que l’université. Pourtant, au Japon, j’ai rivalisé avec des gens formés à l’université et au collégial. »

Véronique souligne que sur les 27 champions de la délégation canadienne, 18 venaient du Québec, soit les deux tiers. « Il faut être fier de dire qu’on a une bonne formation au Québec », insiste la championne.